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 Emmanuel Macron reconnaît que l'avocat algérien Ali Boumendjel a été "torturé et assassiné"

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Arthémis
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Arthémis

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Date d'inscription : 17/03/2007

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MessageSujet: Emmanuel Macron reconnaît que l'avocat algérien Ali Boumendjel a été "torturé et assassiné"   Emmanuel Macron reconnaît que l'avocat algérien Ali Boumendjel a été "torturé et assassiné" EmptyJeu 4 Mar - 21:07

Cette reconnaissance fait partie des gestes d'apaisement recommandés par l'historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie.

Qui était cet avocat de 38 ans, enlevé par les parachutistes pendant "la bataille d'Alger" en 1957, torturé et assassiné ?

C'est devant les petits-enfants d'Ali Boumendjel qu'Emmanuel Macron a reconnu mardi 2 mars 2021, "au nom de la France", que l'avocat et dirigeant nationaliste a été "torturé et assassiné" par l'armée française pendant la guerre d'Algérie en 1957. La reconnaissance de ce meurtre, à l'époque maquillé en suicide, fait partie des gestes d'apaisement recommandés par l'historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie.

Le rapport sur “les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie de 2021" remis le 19 janvier 2021 à Emmanuel Macron par l'historien Benjamin Stora avait pour objectif officiel de "regarder l’histoire en face" d’une "façon sereine et apaisée" afin de "construire une mémoire de l’intégration".
La ligne de crête choisie par Benjamin Stora est celle de la reconnaissance à défaut de "repentance" (ou d’excuses). Pour ça comme pour réanimer la volonté politique en berne, il faut des figures. Et l’une des 22 propositions que compte le rapport Stora consiste justement à renflouer, côté français, la mémoire d’une personnalité importante de la guerre d’Algérie, Ali Boumendjel : l’historien suggère à Emmanuel Macron de reconnaître que l’armée française a assassiné l'avocat et dirigeant nationaliste algérien en 1957.

Avec cette recommandation, Benjamin Stora met en exergue un dossier essentiel, et laborieux : celui des disparus de la guerre d’Algérie, et en particulier des milliers d’hommes, de frères, de maris, de pères ou d’oncles des Algériens et des Algériennes d’aujourd’hui, qui ont disparu un jour. Ce fut particulièrement le cas dans une période du conflit que l’on appelle “la bataille d’Alger”, et qui correspond à l’année 1957, lorsque le pouvoir civil des représentants de la France métropolitaine en territoire algérien a été confisqué par les militaires. Et en particulier, par des parachutistes. De cette époque demeure la trace d’une impuissance de la justice et de l’administration civile à faire respecter le droit et, en miroir, celle d’une impunité immense. De cette époque, reste, surtout, une mémoire béante dans des centaines de familles où l’on n’a rien su de ses morts. Et un besoin d’histoire.

Combler ce besoin d’histoire, c’est précisément ce à quoi s’était attelée l’historienne Malika Rahal en publiant, en 2011, "Ali Boumendjel. Une affaire française. Une histoire algérienne (aux Belles lettres).
Son livre reste une source essentielle pour comprendre pourquoi c’est de lui que s’empare Benjamin Stora, et pas d’un autre. À l’époque, c’est par l’entremise de Benjamin Stora (son directeur de thèse) que Malika Rahal entre en relation avec la famille Boumendjel. Elle-même avait soutenu une thèse sur l’histoire du nationalisme algérien avant 1956, et en particulier sur l’UDMA (Union démocratique du Manifeste algérien, à laquelle Boumendjel adhérait), dont la contribution à l’indépendance se trouve souvent expurgée du récit collectif national.
La famille Boumendjel, quant à elle, est à ce moment-là dans un urgent besoin d’histoire. Comme des milliers d’autres, ils sont ces endeuillés étrillés par une mort en creux. C’est le début d’une enquête longue de huit ans pour remonter le fil, et, surtout, éclairer toutes les aspérités de cette trajectoire qui fait justement d’Ali Boumendjel une histoire singulière. C’est-à-dire, une icône qui est précisément mort en 1957 pour ce qu’il représentait. Tout comme c’est justement pour la position qui était la sienne qu’Ali Boumendjel est aujourd’hui mobilisé par Benjamin Stora sur ce fil mémoriel ténu de la reconnaissance, tendu à mi-distance entre l’oubli et ce qui passe (parfois) pour de la contrition. Cette proposition intervient alors qu’en 2018, rendant hommage chez sa veuve Josette Audin au mathématicien Maurice Audin (d’origine européenne mais combattant pour l’indépendance), Emmanuel Macron avait reconnu un système - et promis une reconnaissance plus large par l’État français.

Deux ans et demi ont passé tandis que le nom de Boumendjel perce le silence. Un choix au diapason du rapport ? Pour certains, les recommandations Stora sont habiles, consensuelles et justes ; pour d'autres, le rapport demeure trop timoré, et au fond dépolitisé.
Dans son rapport, l'historien affirme que “la repentance est un piège politique”. Si la circulation même du mot “repentance”, qui tend à remplacer les excuses ou même le repentir, peut interroger, son usage par Benjamin Stora révèle toute sa position d'équilibriste : sur un fil, il a précisément été choisi par l’Élysée pour tenir ensemble les deux côtés de la Méditerranée. Et parce que, depuis des décennies, il creuse la question de cette mémoire à tiroirs. C’est-à-dire, non seulement celle de la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962, mais aussi la question du retour de ceux qui resteront “les Européens”, la place des harkis, ou, bien en amont, la colonisation de l’Algérie, puis sa départementalisation. Une mémoire offerte, béante, à tous les pièges de l’instrumentalisation, et de la communautarisation, commençait déjà à affirmer Benjamin Stora dans ses travaux précurseurs au début des années 90, à l’époque de son livre La Gangrène et l’oubli, qui reste un jalon important dans le débat public. Mais une mémoire qui n’en reste pas moins urgente, et qui, chez les familles de disparus algériens par exemple, crie non seulement l’oubli, mais encore l’omission, la dissimulation - et qui, pour ça, parvient mal à se panser. C'est à cet endroit précis qu'affleure le nom de Boumendjel.
Trente huit ans quand il disparaît en 1957, enlevé par les parachutistes, à Alger, où il exerçait le métier d’avocat. Fils d’instituteur, frère d’institutrices, beau-frère d’instituteurs, Ali Boumendjel n’est pas algérois, mais natif de la région d’Oran, où son père officiait à l’école française. La conquête de l’Algérie par la France date de moins d’un siècle, quatre-vingt dix ans exactement, à sa naissance en 1919. Et après un temps de rejet et une vraie résistance à l’école du colon, l’enjeu de la scolarisation des enfants algériens était devenu une vraie revendication des Algériens qu'on dénomme "musulmans", c'est-à-dire colonisés. Boumendjel, qui maîtrise un français subtil tout en étant capable de plaider en arabe, est aussi le fruit de cette intersection-là.

Lorsqu’il passe sa licence de droit en 1943, Boumendjel milite déjà dans le giron du leader nationaliste Ferhat Abbas et de l'UDMA (qui se rallieront plus tard au FLN). C’est cette année-là justement que les siens gagnent explicitement la cause de la lutte de l’indépendance. Quand il devient avocat, il est seulement le 78ème avocat musulman, comme on distingue alors, à prêter serment. Quand l’armée française, en pleine bataille d’Alger, le fait prisonnier, Ferhat Abbas, l’UDMA et Ali Boumendjel ont déjà rejoint le FLN. Il n’est ni l’un des principaux leaders du FLN, ni même un membre du comité d’avocats du FLN que le pouvoir colonial comme les généraux ont dans le viseur. Il n’émarge pas non plus au parti communiste algérien, même s’il en est proche. Mais il est militant nationaliste et accepte de défendre des combattants de l’indépendance.

Un homme-frontière

Pris en même temps que deux de ses beaux-frères, Ali Boumendjel est surtout très célèbre pour apparaître comme “l’avocat des pauvres” et Malika Rahal raconte dans son livre qu’un jour qu’elle marchait dans Alger aux côtés du fils de Boumendjel qui lui ressemble, un ancien client est venu saluer bien bas le fils de l’avocat. Il est ce que l’historienne encapsule comme un “homme-frontière”, à l’intersection de plusieurs mondes : sans fortune aucune, il incarne malgré tout cette bourgeoisie algéroise intellectuelle ; il est acquis à la lutte pour l’indépendance mais malgré les menaces et l’étau qui se resserre autour de lui et de son frère aîné Ahmed (qui prolonge et articule la lutte depuis la métropole), il ne prend pas le maquis et poursuit son métier avec pignon sur rue. Son fils aîné a sept ans quand Boumendjel est emporté, trimballé au secret, et finalement retenu dans une caserne d’où la version officielle annoncera qu’il s’est jeté de la terrasse du sixième étage.

Ni sa famille, qui souligne que Boumendjel était croyant, ni ses proches dans les cercles militants ne croiront jamais à cette thèse du suicide dans ce qui devient aussitôt “l’affaire Boumendjel”. “Affaire” au sens du retentissement, et du scandale immédiat que fait sa mort. Ainsi, lorsque Malika, sa veuve, est convoquée devant un cercueil déjà fermé le jour d'obsèques-éclair, la mort de Boumendjel est déjà regardée pour ce qu’elle est : un assassinat. Les médias s’imposent à l'époque comme le canal de transmission privilégié par les militaires pour révéler des décès qu’on cache à l’administration coloniale elle-même. Et c’est dans la presse que l’arrestation du leader avait été confirmée. Dans les journaux, le pouvoir véhicule le scénario d’un suicide en même temps qu’il cherche à flatter l’étendue des rafles en train de se faire dans les milieux pro-indépendance.

Chloé Leprince

Article publié dans France Culture le 4.03.2021

N.B. d'Arthémis :
Le pouvoir civil n'avait pas été confisqué par les militaires, comme l'écrit l'auteur, mais volontairement attribué à ces derniers par le gouvernement Guy Mollet pour précisément empêcher à tout prix la rébellion de gagner la bataille..., à la manière du Vietcong, ce qui, en réalité, n'était ni dans les perspectives du FLN ni même dans ses moyens de combat...
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