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 Version Marine : où en sont les juifs de France dans leur attitude vis-à-vis du FN ?

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Aomar

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Nombre de messages : 212
Date d'inscription : 11/05/2007

MessageSujet: Version Marine : où en sont les juifs de France dans leur attitude vis-à-vis du FN ?   Mar 17 Juin - 10:41

09:14:47Atlantico.fr - 17.06.2014
Par Shmuel Trigano(*) |
Propos recueillis par Alexis Franco

Atlantico - Il n'existe que très peu de chiffres quant à la popularité du Front National auprès des électeurs de confession israélite. Le dernier en date de 2011 provient du quotidien israëlien Haaretz, selon lequel 7% à 8% des juifs français voteraient pour Marine Le Pen. Quelles sont les motivations de ces derniers ?

Shmuel Trigano - Je suis d'abord très perplexe sur les sondages de ce genre car ils ne reposent sur rien de sérieux, étant donné li'mpossibilité pratique de dénombrer la population juive française (entre 350 000 et 400 000 personnes?) et encore moins un échantillon significatif. Il y a 30 ans j'avais contribué à l'analyse d'un sondage "sortie des urnes" qui montrait que dans les faits des électeurs juifs votaient dans les mêmes proportions partisanes que l'électorat général sauf qu'il votaient avec encore plus d'amplitude. Quand la France votait à droite, ils étaient encore plus à droite, comme si cet électorat constituait une caisse de résonance.

Ceci dit, il est certain qu'une frange de l'électorat juif vote Le Pen; je ne suis pas sûr que cela soit toujours par conviction droitière mais par calcul mécanique, dans la mesure ou le FN est perçu comme pouvant faire obstacle à la progression de l'antisémitisme qui émane des milieux de l'immigration - un fait que confirme la quasi totalité des agressions sur le terrain - ou, davantage, - sur un plan idéologique cette fois-ci - de la gauche post-moderniste et de l'extrême gauche par le biais de l'"antisionisme". Or, ce sont justement ces deux réalités, facilement "documentables", que l'opinion publique, à travers les médias, a voulu et veut toujours ignorer sous la chape du "politiquement correct", alors que l'"antisionisme" caracole de toutes parts, qui légitime, dans leurs discours mêmes, les Merah et les Nemmouche qui visent des Juifs français pour venger de prétendus crimes commis par les Israéliens.

De ce point de vue-là une grande partie des Juifs de France s'est sentie abandonnée par la société civile et l'État. Cet abandon a pris une forme très concrète au début même de ce processus que l'on a défini comme "le nouvel antisémitisme" qui commence à la fin de l'année 2000, lorsque, durant un an, 500 agressions antisémites se virent l'objet d'un embargo sous la houlette du gouvernement Jospin (on l'a su plus tard par le ministre Vaillant) sous le prétexte de "ne pas jeter de l'huile sur le feu". C'est par ailleurs ce même sentiment d'abandon par le pouvoir et la société qui pousse des secteurs de  l'opinion vers le FN qui a su exploiter cette situation en se construisant comme "l'anti-système".

Atlantico - À l'inverse, quelles sont les raisons qui retiennent les 92% qui ne votent pas pour elle ?

S. T. - C'est le sentiment que le FN est resté ce qu'il était, malgré ses efforts esthétiques. Quand Marine Le Pen condamne "le communautarisme" - langage politiquement correct - cela ne désigne pas seulement l'immigration mais aussi et avant tout la "communauté juive". Quand elle parle des "gros", elle surfe sur l'idée reçue selon laquelle "les riches sont juifs".

Atlantico - Depuis 2012, quelles sont les principales sensibilités politiques auxquelles adhère la communauté juive en France ? Quel est votre sentiment sur l'électorat juif en France ? Le taux de participation est-il similaire à celui du reste du pays ?

S. T. - Je crois que "la communauté juive" n'a pas de sensibilité politique, tout simplement parce qu'elle n'existe pas comme un acteur unique et unifié. Il y a toutes sortes de Juifs et d'orientations politiques en son sein. Une partie importante a pu être attirée par Sarkozy avant son arrivée au pouvoir, comme elle a pu être séduite par Valls, à l'instar de la majorité de l'opinion. Hollande semble avoir bonne presse sur le plan de la volonté de lutter contre l'antisémitisme.

Atlantico - La condamnation par la présidence du Front National des récents propos antisémites de Jean-Marie Le Pen, ainsi que le voyage de Louis Aliot en Israël en 2011 témoignent d'un véritable lifting idéologique au sein du parti, voire d'une tentative de séduction de la communauté juive. Se pourrait-il que le Front National puisse trouver un écho auprès des nouvelles générations, de facto moins exposées au passé négationniste du parti ?

S. T. - Je ne crois pas du tout que le FN trouve un écho dans les jeunes générations d'origine juive; c'est plutôt au sein d'un électorat plus âgé, celui qui a toujours en mémoire la fin douloureuse des communautés juives du monde arabe, et qui ont le sentiment que le même cas de figure se reproduit ou se poursuit.

Pour ma part, à évoquer les événements récents, c'est moins la sortie de Jean-Marie Le Pen sur la "fournée" qui me semble inquiétante que celle de Marine Le Pen en mai 2012, (sur Radio classique - Public Sénat, avec Guillaume Durand), lorsqu'elle s'est emportée contre Anne Sophie Lapix (de Canal Plus) qui participerait "par mariage avec le patron (Arthur Sadoun) de Publicis" (et donc Bleustein Blanchet) "d'un  système.... qui mange ensemble,  qui a été élevé ensemble, qui met ses enfants dans les mêmes écoles, et qui a squatté le pouvoir dans notre pays en l'arrachant au peuple français. Mon but de prendre ce pouvoir à ce système et de le rendre au peuple français. C'est tout le sens de la candidature, tout le sens du combat que je mène depuis déjà de très nombreuses années."  Cette sortie n'a créé aucun scandale dans l'opinion. C'est donc qu'elle semble plausible? C'est cela qui est le plus grave.

Atlantico - Selon l'Agence juive pour Israël, le nombre de juifs déménageant en Israël entre janvier à mars 2014 aurait quadruplé par rapport à 2013. À quel point les motivations de ces derniers sont-elles liées à une montée dans les sondages du parti d'extrême droite ? N'y-a-t-il pas aussi une dimension économique, Israël étant porté par une croissance en meilleure santé qu'en France ?

S. T. - Je crois que là il faut s'affranchir d'une idée reçue qui a cours dans l'opinion: ce n'est pas l'extrême droite uniquement qui inquiète les Juifs de France, mais avant tout l'islamisme, le djihadisme, la passivité et la complaisance de l'opinion médiatique envers ce qui se passe depuis 14 ans, l'absence de lutte systématique de la puissance publique contre cet état de faits. C'est une très longue période de crise qui ne finit pas et qui empire jusquau stade où des meurtres sont possibles. "Loups solitaires", "enfants perdus du Djihad" et combien d'autres mots-valises, combien de sociologismes et de psychologismes, minimisent la gravité de la situation et dispensent d'un examen objectif des faits. Le terme le plus fort, dès le départ, fut "tensions intercommunautaires".

Mais il n'y a pas que cela; la société et l'opinion ne se sont pas levées fortement contre cette évolution ni n'ont marqué significativement leur soutien; les autorités officielles de l'islam (sauf un ou deux imams courageux) n'ont pas condamné clairement et officiellement l'hostilité envers les Juifs. L'accusation permanente et infondée d'Israël doublée du politiquement correct envers le monde arabo-musulman a créé un climat d'inimitié ambiant qui ont fait que les Juifs ne se sont plus sentis chez eux. C'est encore une idée problématique que de penser que les Juifs s'en vont pour s'enrichir. On ne fait pas fortune en changeant de pays: on s'appauvrit et on va au devant de bien de difficultés. Cela n'enlève rien au fait que, malgré la situation dangereuse qui est la sienne, Israël n'est pas un pays déprimé mais extraordinairement jeune, plein d'énergie et de créativité, où il y a un appétit de vivre. Le contraste avec la France est saisissant.

Atalntico - À part le FN, quelles formations politiques ou logiciels de pensée suscitent l'inquiétude au sein de la communauté juive de France ?

S. T. - Mes précédentes réponses l'explicitent: avant tout, la guerre de religion infinie et sauvage menée par les djihadistes; avant l'extrême droite (mais tout dépend de l'orientation de droite ou de gauche ), la conjonction inattendue en France de la résurgence de la droite maurassienne (dans les parages de "la manif pour tous") et du mouvement des Frères Musulmans, la convergence de l'extrême droite, du néo-nazisme, de l'extrême gauche et de l'islamisme avec la nébuleuse Soral-Dieudonné. Ce chaos idéologique est inquiétant. C'est une telle confusion qui a précédé la venue du fascisme. Quand Valls déclare que la France est en danger, oui, il a raison. Il faudrait un grand sursaut pour arrêter le train fou.

---
(*) Shmuel Trigano est sociologue, philosophe et professeur des Universités. Il est notamment l'autre de L'avenir des Juifs de France (Grasset 2006) et La nouvelle idéologie dominante, le postmodernisme (Hermann 2011).

(http://www.atlantico.fr/decryptage/version-marine-ou-en-sont-juifs-france-dans-attitude-vis-vis-fn-shmuel-trigano-1617740.html)[/size]
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