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 Sept ans dans les prisons suisses pour l’encombrant colonel égyptien

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Moussa



Nombre de messages : 165
Date d'inscription : 13/03/2009

MessageSujet: Sept ans dans les prisons suisses pour l’encombrant colonel égyptien   Sam 31 Mar - 18:39

Rue89.com - 31.03.2012
par Sid Ahmed Hammouche et Pauline Cancela

L’État suisse ne voulait plus entendre parler de cette histoire. C’est aujourd’hui Genève qui hérite de la bombe à retardement. L’affaire Mohamed El-Ghanam est si complexe qu’elle désarçonne la justice genevoise. Mutique et insoumis, cet Égyptien de 54 ans croupit depuis sept ans à la prison genevoise de Champ-Dollon dans un isolement total. Sa vie est en danger.

Contre l’avis des médecins, le juge genevois Leonardo Malfanti a pourtant décidé en janvier dernier de prolonger son internement.

Il considère l’ancien colonel de l’armée égyptienne comme dangereux, et atteint d’un « trouble délirant persécutoire ».

Son avocat commis d’office, Pierre Bayenet, a fait recours contre cette décision.

« L’affaire ira jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme s’il le faut. Le maintien de mon client en détention est illégal. »

Comment ce docteur en droit, haut fonctionnaire en Égypte avant de fuir le régime de Moubarak, a-t-il pu tomber dans une histoire digne d’un polar ? S’agit-il d’un fou dangereux que la justice de Genève préfère interner pour préserver l’ordre public ? Ou est-il victime d’une affaire d’État qui a mal tourné, lui dont le Conseil fédéral suisse estimait en 2005 qu’il menaçait la sécurité du pays ?

Arrestations à Genève

Mohamed El-Ghanam a été arrêté deux fois par la police genevoise, mais n’a jamais été condamné. Des deux affaires, la première a fait l’objet d’un non-lieu, la seconde a été classée. Tout commence le 15 février 2005. L’Egyptien aurait tenté d’agresser un homme dans le hall de l’université de Genève avec un couteau de cuisine, persuadé que ce dernier lui voulait du mal.

Il se sentait « menacé par les services secrets égyptiens et par la police genevoise », ont rapporté les gendarmes. Résultat : quatre mois de détention préventive.

De ce premier séjour, il sort indigné et manifeste sa colère dans plusieurs lettres qu’il adresse aux membres du Conseil fédéral ainsi qu’à l’ex-conseillère d’État genevoise Micheline Spoerri, alors à la tête de la police cantonale.

M. El-Ghanam est mis aux arrêts pour la seconde fois au motif qu’il aurait « proféré des menaces ».

Face à ce cas complexe, la justice convainc un médecin de renom de procéder à une expertise psychiatrique. Sans la collaboration du prévenu, qui s’y oppose fermement. En janvier 2007, l’exilé jugé « pénalement irresponsable » est interné à Champ-Dollon et n’en sortira plus.

Aujourd’hui, ce détenu maigrelet ne communique que par lettres, dans lesquelles il accuse la Suisse de le « maintenir arbitrairement en détention ».

Dans un plaidoyer de six pages adressé récemment en arabe à son frère, et dont nous avons pu lire l’intégralité, il réfute toutes les décisions de justice et les expertises dont il a fait l’objet, qui sont pour lui « nulles et sans portée juridique ». Le prisonnier souhaite se défendre seul et ne reconnaît pas sa maladie.

Il continue de pointer les services secrets suisses qui se seraient vengés après avoir tenté de le recruter pour « se rapprocher de la famille Ramadan et espionner le Centre islamique de Genève », dirigé alors par Hani, le frère de l’islamologue Tariq.

« Une constellation inquiétante de signes »

Il y a sept ans déjà, le Service d’analyse et de prévention (SAP) aujourd’hui fondu dans le Service de renseignement de la Confédération (SRC), écrivait qu’il « n’a rien à se reprocher dans ce dossier. [...] Il ne s’agit pas de faire taire El-Ghanam ».

Celui-ci est interné après l’affaire d’agression à l’université de Genève. Cela dit, il ressort des documents confidentiels de l’Office fédéral de la police en notre possession que l’Égyptien représentait pour ce dernier un danger pour la sécurité de la Suisse.

Durant la procédure genevoise, le SAP a d’ailleurs multiplié les mises en garde auprès des autorités nationales et cantonales. Le Conseil fédéral est allé jusqu’à retirer l’asile et ordonner l’expulsion du colonel.

L’ancien patron du SAP, Urs von Daeniken, a notifié au ministère public genevois le 6 octobre 2005 que « les propos tenus et diffusés par M. El-Ghanam sont susceptibles de compromettre la sécurité intérieure et extérieure de la Suisse ».

Plus loin : « Nous sommes face à une constellation inquiétante de signes pour un futur passage à l’acte. »

La lettre suggérait fortement à l’instruction genevoise d’ordonner un « examen scientifique de la dangerosité » d’El-Ghanam et de l’emprisonner.

« Un délire », pas « une mance d’État »

Contrairement aux juges genevois qui ont immédiatement soupçonné un cas psychiatrique, les services de renseignement suisses ne se sont pas intéressés à l’état mental du détenu. Dans le contexte post-11 Septembre, ils ont vu en El-Ghanam une menace pour le pays. Un cas de terrorisme. N’avait-il pas, en effet, traité dans ses lettres les Suisses de « chiens » et de « cochons » ?

Pourtant, le bras genevois du SAP, la Brigade d’investigation spéciale de la police judiciaire (Bris) – actuelle Brigade de sécurité intérieure – a plaidé la folie dès 2004.

L’ancien chef de la Bris affirme avoir découvert dans la presse que Mohamed El-Ghanam est toujours en prison. Lui qui avait rencontré l’intéressé avant les événements d’UniMail stipule aujourd’hui : « Ce pauvre type était dans un délire de persécution et ne semblait pas constituer une menace d’État. »

Un faux rapport sur l’agression

La Bris décide de signaler le cas au Conseil de surveillance psychiatrique et au Conseil d’État genevois, en rappelant les événements de l’Uni de Genève.

Son rapport, signé par un certain Jacques Mettraux, contredit cependant la version des gendarmes sur les circonstances de cette première arrestation. Alors que la gendarmerie n’a relevé aucune lésion physique sur la victime que Mohamed El-Ghanam avait tenté d’agresser, l’officier de la Bris écrit que l’Égyptien « a blessé grièvement, en plantant un couteau dans l’abdomen, un Africain qui ne le connaissait pas ».

De fait, il s’agit d’un faux. « J’ai eu une rupture d’anévrisme cette année-là et je n’étais pas en forme. J’ai mal interprété les résumés de l’altercation », se défend aujourd’hui Jacques Mettraux. Et d’ajouter : « La place d’El-Ghanam n’est pas en prison, il aurait fallu le soigner. »

Nouvelle bourde : c’est à ce rapport mensonger que Micheline Spoerri se réfère dans sa plainte pénale qui a renvoyé El-Ghanam en prison. L’ancienne magistrate reconnaît aujourd’hui que le degré de menace des lettres reçues était très « controversé ». Mais elle se souvient avoir été « menacée de mort ».

À partir de là, la police fédérale n’a plus lâché l’Égyptien, et a averti la justice genevoise qu’en cas de « libération intempestive », « il devra être remis à la police ».

À cette époque, la famille du prisonnier, domiciliée aux États-Unis, demande un droit de visite. Le juge d’instruction sollicite l’avis du SAP, qui met son veto à treize reprises. On apprend également que les renseignements suisses ont informé le FBI américain du cas El-Ghanam.

Ont-ils également échangé des informations avec les services égyptiens ?
« L’affaire est classée ! »

Aujourd’hui, que reste-t-il de la menace El-Ghanam ? Rien. « Le dossier est classé depuis 2007. C’est désormais une affaire genevoise », indique Felix Endrich, chef de la communication du SRC, avant de raccrocher abruptement le téléphone. Les personnes qui ont touché à ce dossier sensible ne sont plus en service.

D’une affaire de sécurité d’État, le cas de l’ex-colonel est devenu un dossier psychiatrique. Pour Me Bayenet : « Les services de renseignement ont fait une erreur et ont réussi à convaincre les juges que Mohamed El-Ghanam était extrêmement dangereux. Aujourd’hui, le maintenir en prison est plus simple que de se plonger dans les erreurs du passé. »

Quant à savoir si Mohamed El-Ghanam était une recrue potentielle rapidement devenue incontrôlable pour les services de renseignement, la question reste entière.

***
Qui est Mohamed El-Ghanam ?
Mohamed El-Ghanam a été un haut fonctionnaire en Egypte. Ancien colonel de l’armée, ce diplômé en criminologie de l’université de Rome dirigeait le département de recherche juridique du ministère de l’Intérieur. Dès 2000, la presse romande écrit de lui qu’il serait le père de la première loi antiterroriste en Egypte. « Il incarnait la génération montante de l’administration Moubarak », lit-on dans La Tribune de Genève. El-Ghanam entre en opposition au régime en 1997, lorsque son ministre de tutelle est accusé de corruption. Mohamed El-Ghanam craint même pour sa vie et demande l’asile en Suisse. Il reçoit l’asile politique et s’établit à Genève. On perd alors sa trace jusqu’en 2009, au moment où le célèbre reporter britannique Robert Fisk écrit dans The Independent que El-Ghanam a disparu… « Il m’a raconté en 2003 que la police secrète suisse tentait de le forcer à infiltrer des cellules locales d’Al Qaeda et la communauté arabe de Suisse », explique Fisk qui avait vu le colonel au Caire en 2000. « Il m’a dit avoir refusé de coopérer, et que depuis, les services suisses le menaçaient. Je n’ai plus songé à cette bizarre allégation jusqu’à ce que son frère Ali me contacte en 2008. » Robert Fisk garde de Mohamed El-Ghanam l’image d’« un militaire solide qui s’est opposé à Moubarak ». Le destin du colonel est pour lui une tragédie. « Il serait aujourd’hui un héros de la révolution égyptienne, un des premiers officiers à s’être révolté contre le dictateur déchu il y a un an. »
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