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 Chômeuse depuis six mois, ma vie sociale s'éteint

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Alain



Nombre de messages : 160
Date d'inscription : 25/06/2010

MessageSujet: Chômeuse depuis six mois, ma vie sociale s'éteint   Dim 22 Mai - 19:02

Le chômage est une plaie tellement purulente et abjecte qu'il faut le vivre pour en saisir la portée, la maladie, la désespérance. Durant "les 30 glorieuses", c'étaient seulement des pays comme l'Inde, le Pakistan, l'Égypte, etc., qui s'en trouvaient concernés. Le marché de l'emploi y était si serré et même si fermé pour des milliers de nouveaux diplômés que la solution ne pouvait se trouver que dans l'expatriation vers des contrées lointaines. Personne en Europe ne pensait alors que la même crise frapperait bientôt aux portes, que la fin du plein emploi s'annonçait et que, pour trouver un simple job de facteur il faudrait être licencié...
Cette situation qui vire bien souvent au drame sinon au cauchemar est aussi celle aujourd'hui de nombreux pays du tiers-monde disposant d'une abondante moisson de diplômés d'université devenus, par la force des choses, des camelots ou des vendeurs de cigarettes au pièce, comme on en rencontre, par exemple, dans toutes les rues algériennes. Tous ces pays pullulent aujourd'hui de cadres inemployés dans toutes les disciplines mais manquent cruellement de bras pour travailler la terre, fabriquer du pain, réparer les plomberies, etc. C'est tout le drame de nombre de pays d'Afrique.
Aussi, l'article suivant de Rue89 tombe-t-il à point nommé pour donner l'occasion de "secouer le cocotier".

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Éco.rue89 -
Par Novalie | Chômeuse | 19/05/2011 |

Une fille sur son lit dans sa chambre (Artsy Aubs/Flickr/CC).

Fin de semaine pourrie. Vendredi soir à la maison. Devant mon écran allumé sur ma page Facebook, je me trouve presque pathétique. Ne devrais-je pas être dehors à faire la fête ? A boire des verres dans des bars ? A me faire un ciné ?

Non. A la place, j'ai droit à « Bones », une série qui ne me captive pas mais qui me tient compagnie en fond sonore.

Et j'ai le droit de ruminer dans mon coin, au vu des sorties de mes amis fièrement annoncées sur ce réseau social : untel est allé au concert de « machin-truc », l'autre est en week-end à Venise avec sa chère et tendre, etc. C'est une avalanche, mode surenchère, qui se déploie sous mes yeux.

Pourtant, je devrais être bien placée pour savoir qu'appuyer sur « attending » aux événements qu'on m'envoie est facile, mais que de se bouger de chez soi et réellement aller ici et là est bien plus complexe. Malgré tout, comme je me suis mise dans la liste des participants, Facebook ne retiendra que le fait que j'ai bel et bien été à ce vernissage underground avec DJ new-yorkais. En vérité, j'étais chez moi devant « Bones ».

Un vendredi soir comme quand j'avais 12 ans et que je regardais des séries plus bêtes les unes que les autres, car j'étais trop jeune pour fréquenter les bars.

Aujourd'hui, j'ai l'âge, mais l'envie me manque.

Six mois, c'est long… surtout avec un CV de « killer »

D'ailleurs, ces temps-ci, tout me manque. Je me pose beaucoup trop de questions, envahie par le constat amer d'approcher la trentaine (bon, ok, j'ai encore quelques années devant moi) et d'être en échec professionnel. Je ne comprends pas, je me demande où j'ai merdé, pourquoi j'en suis là…

Deux masters, dont un à l'étranger, la maîtrise de cinq langues, des stages prestigieux en organisations internationales. Un tableau parfait. Sauf que voilà, ça fait six mois que je suis au chômage. Six mois, c'est long. Alors je voulais retracer avec vous le cheminement de ces six mois…

Les premières semaines, on ne pense pas à la recherche d'emploi.

On profite de ses maigres économies (mauvaise idée) pour voyager, voir sa famille en Espagne, retrouver quelques potes pour un court week-end à Bruxelles ; en d'autres termes profiter de ce temps libre qui nous est imparti. Des vacances forcées, ça se respecte !

Un mois de chômage. C'est là qu'on carbure. On s'est ressourcé auprès des siens, et on attaque l'envoi de CV et de lettres de motivation. On fait marcher son réseau. On envoie à tout va, même (voire surtout) des candidatures spontanées. Et on croise le plus de monde.

Évidemment, on s'est inscrit au Pôle emploi entre temps, ce qui m'a valu un rendez-vous avec mon conseiller persuadé qu'avec un CV de « killer » comme le mien, je retrouverai un emploi dans les trois mois ! Je sors de là pleine d'entrain.

Évidemment que je vais trouver du travail ; je suis compétente, diplômée d'une prestigieuse université londonienne, je n'ai pas à m'en faire.

Le coup des trois mois de chômage. Là, il faut commencer à se faire à l'idée que ça ne va pas être aussi facile qu'on nous a dit. On oscille entre hyperactivité et déprime. La couette est notre meilleure amie.

Manquerait plus que la période des trois mois coïncide avec le début de l'hiver pour vouloir simplement ne faire qu'un avec son matelas. Et pour la première fois, on se pose cette question : « Où est-ce que j'ai merdé ? »

Ça devient un leitmotiv, un truc qui nous suit même dans notre sommeil le plus profond. Rien de pire que de se lever avec ce sentiment d'échec. Se mêle à cela le sentiment d'injustice car on se raisonne, évidemment : « Non, j'ai tout fait comme on m'a dit. On m'a dit : “Fais de longues études, parle plusieurs langues, forme toi avec des stages.” »

Tout ça, j'ai fait. Heureusement (oui, c'est affreux à dire), on se rassure en se disant qu'on a plein de potes jeunes autour de soi qui triment aussi. On n'est pas un cas isolé, loin de là. Le réconfort trouvé dans la misère de l'autre. Le sentiment de culpabilité qui nous envahit.

Où est-ce que j'ai merdé ? C'est comme se faire larguer…

Passé six mois, on commence à considérer l'inconsidérable. Pourquoi ne pas faire un doctorat ? Ça repoussera l'échéance de l'entrée sur le marché du travail. Oui, mais n'est-ce pas reculer pour mieux sauter ? !

On considère différentes options, on élargit la fenêtre des possibilités, on revoit à la baisse nos attentes. Un CDD mi-temps payé au smic, pourquoi pas ! De toute façon les offres ne tombent pas du ciel.

Où est ce que j'ai merdé… Est-ce simplement un concours de circonstances, un mauvais timing, la crise ?

Le problème, c'est que lorsqu'on est confronté au chômage, c'est comme quand on se fait larguer. La première réaction, c'est de se dire : « Qu'est ce que j'ai fait de mal ? » Et il faut du temps pour comprendre qu'on n'est pas forcément l'unique responsable de cette situation.

Surtout, ne pas devenir l'amie que l'on n'invite plus

Ce soir, j'ai beau me dire que je ne suis pas responsable de cette situation, que je fais tout mon possible pour retrouver un boulot – j'ai même un « mindmap », placardé au mur, où je couche toutes mes idées de contacts, de pistes de travail, de personnes à contacter –, je me demande pour encore combien de temps je vais vivre dans cette instabilité permanente.

Sans savoir planifier, penser au futur, imaginer des vacances, vivre une histoire d'amour qui ne vire pas au cauchemar à cause du stress de cette situation empoisonnée.

Et je me demande aussi, surtout, combien de temps il me reste avant que je ne devienne l'amie que l'on n'invite plus car elle est obsédée par le sujet de l'emploi des jeunes, de la précarité, des stages abusifs…

Combien de temps avant que ma vie sociale se résume à zéro ?


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