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 Le français, langue inutile pour les Américains?

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Arthémis
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Date d'inscription : 17/03/2007

MessageSujet: Le français, langue inutile pour les Américains?   Mar 21 Déc - 18:58

Année après année, de manière récurrente, la langue française est toujours la cible des pays anglophones. L'anglais étant devenu la langue de la première puissance mondiale mais aussi d'un grand nombre de pays du Commonwealth, anciennement colonies britanniques, il était attendu que tout fût mis en œuvre pour décrédibiliser chaque fois un peu plus la langue de Molière.

Sous prétexte surtout que les nouvelles technologies, comme l'informatique, s'appuient essentiellement sur l'anglais et accessoirement sur l'espagnol - qui a davantage de locuteurs que le français -, les anglophones ont donc beau jeu de revendiquer la première place pour leur langue. Ils feignent seulement d'oublier qu'en termes de nombre de locuteurs, c'est à la Chine, aujourd'hui peuplée de près d'un milliard et demi d'habitants et élue au rang de seconde puissance économique mondiale, qu'échoit en toute logique désormais ce titre.

Il faut reconnaître enfin que les Français sont directement responsables de la désaffection dont ils entourent eux-mêmes leur langue: de plus en plus d'anglicismes continuent de la dénaturer en dépit des rappels à l'ordre de l'académie. De plus, le pouvoir politique ne fait strictement rien qui suscite l'intérêt pour la langue française des peuples d'anciennes colonies. Quand on sait encore qu'un pays comme le Ruanda a choisi délibérément de substituer dans ses écoles la langue anglaise à la langue française, à cause des fâcheux événements de 1994 qui avaient impliqué les autorités françaises, tout indique que Paris ne fait aucun effort pour préserver sa langue dans ses anciennes possessions.

L'article ci-après de Libération, qui relance fort à propos le débat à ce sujet, mérite qu'on s'y arrête.

********************************************************************************
Libération du 21.12.2010

Pourquoi apprendre la langue d'un petit pays européen en déclin se demande un éditorialiste tandis qu'une université américaine réduit les crédits de son département de français.

Un éditorialiste qui se déchaîne, des diplomates qui interviennent, des forums à venir: l'annonce de la réduction prochaine du département de langues étrangères et notamment de français d'une université publique américaine suscite des remous chez les linguistes.

« Parmi 6.000 langues existantes, pourquoi serait-il si important d'apprendre celle qui est parlée dans un petit pays européen à l'influence en déclin constant? »: la phrase qui jette de l'huile sur le feu est signée d'un éminent éditorialiste, licencié es lettres françaises, John McWhorter.

Son article, publié dans le bimensuel de centre gauche « The New Republic », est paru quelques semaines après que SUNY-Albany, l'université publique de la capitale de l'État de New York, eut annoncé que les coupes budgétaires l'amenaient à réduire la taille des départements de langues étrangères, et notamment de français, d'italien et de russe.

Pour M. McWhorter, « Nietzsche et Balzac peuvent être lus en traduction anglaise, et le monde ne s'arrête pas à l'Europe ».

En période de coupes sombres dans les subventions publiques, SUNY est loin d'être le seul établissement universitaire qui envisage de réduire l'enseignement des langues étrangères, quitte à favoriser l'apprentissage de langues plus en phase avec la mondialisation, notamment le chinois ou l'arabe.

Du côté de la francophonie, on est inquiet. « Il est vrai que si le seul but est de faire des affaires, le français n'est peut-être pas la langue du business, mais une langue n'est pas faite que pour servir », dit Marie-Monique Steckel, présidente du French Institute-Alliance Française (FIAF).

« Nous avons 6.000 élèves inscrits et le nombre ne diminue pas », ajoute-t-elle.

A la « Maison française » de la prestigieuse université Columbia à New York, une conférence est prévue en avril, sur le thème « Pourquoi la langue française compte ».

La conférence « permettra à des personnalités américaines du monde de la culture, de l'éducation, de l'art, des médias, des affaires, ou de la diplomatie, pour qui l'apprentissage du français a été capital, d'exprimer leur point de vue », explique la directrice de la Maison française, Shanny Peer.

Selon les chiffres de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le français est la langue maternelle ou la première langue étrangère de près de 200 millions de personnes dans 54 pays.

Langue officielle de 14 pays, elle est une des langues officielles de l'ONU, de l'Otan, du Comité Olympique International, de la Croix Rouge, ou de l'Union Postale Universelle.

Nouveau conseiller culturel de l'Ambassade de France, Antonin Baudry est représentant permanent des universités françaises aux États-Unis. Très concerné par l'enseignement du français, il est en contact avec une centaine d'universités américaines.

Il s'est rendu il y a quelques jours à Suny Albany pour rencontrer les responsables de l'Université et essayer de trouver une alternative à la fermeture du département de français. La décision des autorités est toujours attendue.

« Aujourd'hui les universités donnent la priorité à l'internationalisation, on ne peut pas tourner le dos au monde », dit le diplomate.

« Plus d'un million d'Américains apprennent le français, et la demande est supérieure à l'offre. La preuve, c'est le succès des programmes bilingues récemment mis en place dans des dizaines d'écoles américaines, qui font salle comble et touchent déjà 15.000 élèves », souligne-t-il.

Pour lui, une des solutions consisterait à ce que, dans les universités américaines, chaque professeur de français enseigne dans un deuxième département. « C'est déjà le cas dans plusieurs universités, comme celle de Columbia », précise-t-il.

« S'il n'y a pas assez d'argent pour bien enseigner à la fois l'arabe et la langue de Stendhal, je ne vois pas pourquoi Stendhal devrait être celui qui l'emporte », insiste de son côté John McWhorter.

(Source AFP)

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