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 Les Marocaines aussi quittent le pays

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Arthémis
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Date d'inscription : 17/03/2007

MessageSujet: Les Marocaines aussi quittent le pays   Dim 24 Oct - 1:09

On a beaucoup glosé sur l'émigration masculine mais presque jamais sur l'émigration féminine en provenance d'Afrique du Nord ou d'Afrique subsaharienne vers la rive nord de la Méditerranée. Pourtant, chaque fois que quelque embarcation de fortune a été arraisonnée en mer, il s'est souvent trouvé des femmes parmi ce que les Algériens appellent "les harragas" pour désigner les émigrants clandestins. De plus, les trottoirs des grandes cités européennes foisonnent de jeunes femmes issues de ces régions et qui parfois exercent là-bas le plus vieux métier du monde depuis même des décennies.

Certes, il s'en trouve aussi qui ont pris la place des Espagnoles et des Portugaises en se mettant au service des ménages notamment dans les grandes villes. Il y en a aussi dans les boutiques, les supermarchés qui sont vendeuses, coiffeuses, etc.

Pour nombre de ces émigrantes, les parents sont bien souvent peu ou mal informés des objectifs réels qui sont les leurs avant leur départ du pays. Et c'est quelquefois quand les policiers les convoquent pour prendre livraison au port de leur fille arrêtée et expulsée d'Europe pour exercice illégal de la prostitution qu'ils le découvrent à leurs dépens et commencent alors à déchanter, à constater leur souillure et regretter même d'avoir touché aux petits mandats reçus de leur progéniture.

Dans l'Express, un papier d'une correspondante au Maroc s'intéresse aujourd'hui au sort particulier des émigrantes marocaines. Il nous en apprend beaucoup de choses qui méritent d'être portées aussi à la connaissance des lecteurs de Thilelli. Le voici.

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Les Marocaines aussi quittent le pays

par Christelle Marot, correspondante de l'Express
publié le 23/10/2010

Pour trouver un emploi, elles sont de plus en plus nombreuses à tenter leur chance à l'étranger. Un phénomène qui bouleverse les rapports économiques et sociaux.

"Beaucoup de Marocaines qui partent travailler à l'étranger font le trottoir", affirme Rachid, patron d'un magasin d'alimentation de Casablanca. Il n'est pas le seul à le penser. Les jeunes femmes qui partent pour les pétromonarchies du Golfe, en particulier, ont une réputation sulfureuse. Cet été, un dessin animé koweïtien, diffusé pendant les soirées du ramadan, qui confortait cette image négative en mettant en scène des prostituées marocaines, a mis le feu aux poudres. Tollé général dans l'opinion, éditos au vitriol, mise au point du ministère de la Communication...

Le ministère de l'Emploi refuse aujourd'hui de valider les contrats de travail de migrantes marocaines assortis de la mention "arts et musique". Une enquête sur l'emploi et le salariat des Marocaines immigrées dans les pays du Golfe a même été commanditée par le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME). "En se focalisant sur le problème de la prostitution, les médias donnent une idée fausse de la réalité. La grande majorité des migrantes marocaines dans les pays du Golfe y occupent des emplois de très haut niveau", déplore Driss El Yazami, président du CCME.

Une plus grande émancipation mal vécue par une société conservatrice

Les clichés ont la vie dure, tant l'émigration féminine renvoie à des bouleversements profonds de la société marocaine. Elle suggère une plus grande émancipation des Marocaines, mal vécue par une société encore globalement conservatrice. Selon Mohamed Khachani, professeur à l'université Mohammed-V de Rabat et président de l'Association marocaine d'études et de recherches sur les migrations (Amerm), l'émigration marocaine s'est peu à peu féminisée depuis la seconde moitié des années 1980. Les femmes représentent aujourd'hui 47% des migrants, à destination de l'Europe très majoritairement.

"La migration est devenue un phénomène sociétal. Elle concerne tous les milieux et tous les âges", indique l'universitaire. Le Maroc est par ailleurs l'un des pays de la rive sud de la Méditerranée ayant vu le nombre de ses ressortissants partis à l'étranger augmenter le plus ces vingt dernières années. Au milieu des années 1990, il y avait 1,3 million de Marocains à l'étranger; ils étaient 3,4 millions à la fin de 2009, sans compter les moins de 16 ans et les irréguliers.

Si le regroupement familial touche encore des pays comme l'Espagne et l'Italie, l'émigration féminine est de plus en plus souvent le fait de femmes seules. "Elles se considèrent, dans la société marocaine, déjà comme des acteurs économiques autonomes. Leur entrée sur le marché du travail n'est qu'une manifestation de ce processus d'individuation", analyse Driss El Yazami. Le taux de féminisation de la population active marocaine est ainsi passé de 19% en 1982 à 26% en 2009.

Mais les discriminations à l'embauche restent nombreuses. Découragées par les difficultés rencontrées pour entrer sur le marché du travail, de plus en plus de femmes tentent leur chance hors des frontières. D'autant que, sur l'autre rive de la Méditerranée, les besoins sont pressants dans les services aux personnes, l'emploi domestique et le nettoyage.

"La migration féminine accélère les changements de mentalité. Elle bouleverse imperceptiblement la séparation classique des fonctions des deux sexes. La femme envoie de l'argent au pays et devient chef de famille", souligne Driss El Yazami.

Plusieurs études internationales le montrent: les femmes migrantes épargnent et envoient plus d'argent au pays que les hommes. Une enquête portant sur 3700 saisonnières marocaines envoyées pour la cueillette des fraises en Espagne, et menée pour le compte de l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (Anapec), indique que près de 55% d'entre elles utilisent leurs revenus pour contribuer aux dépenses courantes de la famille, 16% à l'équipement de leur maison, 13,2% aux frais de scolarité des enfants. Tandis que 6% ont investi dans de petits projets générateurs de revenus.

Elles épargnent davantage et envoient plus d'argent au pays que les hommes

En 2009, 10 000 ouvrières agricoles avaient rejoint l'Espagne; elles ne sont plus que 6000 en 2010 en raison de la crise. Un tiers d'entre elles étaient célibataires, un tiers mariées, un tiers veuves. "Cette migration a permis à des femmes, sorties parfois pour la première fois de leur environnement quotidien, d'ouvrir un compte en banque. Elles viennent de milieux ruraux, très pauvres, et se trouvent à leur retour à la tête d'un pécule qui correspond à l'équivalent de ce que le foyer gagne en un an. Par rapport à la famille et au village, cette position leur donne plus d'autonomie, de responsabilités. Elles sont plus respectées, aussi", indique Hafid Kamal, directeur général de l'Anapec. Même si Mohamed Bensaïd, enseignant chercheur auprès de l'Amerm, déplore pour sa part que "l'impact sur les enfants de l'absence, pendant plusieurs mois, de ces femmes mariées, ne soit pas suffisamment pris en compte".

Le mariage est aussi un moyen de migrer pour des femmes célibataires, généralement issues de milieux populaires. Les rencontres se font souvent sur Internet. "On observe de plus en plus de mariages mixtes. La situation marocaine est un peu particulière. Il y a des acquis en termes d'égalité, de liberté qu'on ne retrouve pas dans d'autres pays méditerranéens", précise Mohamed Khachani.

Mais, parfois, le rêve d'une vie meilleure est de courte durée. Décidée coûte que coûte à quitter le Maroc, Aïcha a fini par épouser un Français beaucoup plus âgé qu'elle. Installée en province, elle peine à trouver un emploi et déprime. Revenue pour le ramadan, pimpante et chargée de cadeaux pour la famille, elle ne s'étendra guère sur le sujet. Pas question de rentrer. "L'option du retour est exclue, confirme Mohamed Khachani. On a peur de l'échec, on a peur du contrôle social."

"Il n'y a aucune possibilité, aucun espoir de voir un retour massif des émigrants au Maroc. Cette émigration est appelée, et elle le montre déjà, à s'enraciner dans les pays de résidence. Selon Eurostat, les Marocains sont les plus nombreux à demander la naturalisation, tout en gardant des liens très forts avec le pays d'origine", indique le président du CCME. Et cela tombe bien: les transferts de fonds des Marocains de l'étranger sont deux fois et demie moins volatils que les investissements provenant directement de l'étranger...

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