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 Les enfants dits précoces ou surdoués : les dangers d'une dérive

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Augustin

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Date d'inscription : 27/06/2007

MessageSujet: Les enfants dits précoces ou surdoués : les dangers d'une dérive   Lun 18 Oct - 13:01

L'on sait que les enfants dits précoces ou surdoués posent aujourd'hui le problème de leur prise en charge dans des structures spécialement adaptées au caractère particulier de leur intelligence. Ici ou là, quand l'Éducation nationale fait l'effort de répondre à leurs attentes en les regroupant dans des classes spéciales, ils peuvent donner le maximum de leurs capacités pour s'instruire, s'épanouir et contribuer demain à l'avancée de la société. Malheureusement, dans de nombreux cas, ils se retrouvent dispersés dans diverses écoles où ils souffrent de l'incompréhension qui les entoure et de leur marginalisation, créant alors de réels soucis à leurs parents, surtout quand ceux-ci ne disposent pas de moyens financiers leur permettant de les inscrire dans des écoles privées spécialisées.

Pierre Sultan, dans son blog, analyse justement d'autres aspects de l'enfant surdoué dans un environnement qui n'est pas le sien et met en garde contre ses dérives possibles qui surprendront au premier chef les parents.

Voici donc son article repris in extenso.
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Enfants "précoces" ou "surdoués" : les dangers d'une dérive
par Pierre Sultan(*)
lundi, 18 octobre 2010

Nés au début du XXe siècle à la demande du ministère de l’Instruction Publique (actuelle Éducation Nationale), les tests d’efficience intellectuelle ont depuis considérablement évolué. Mais ne nous méprenons pas : « mesurer » ou « quantifier » l’intelligence implique des hypothèses d’interprétation différentes, parfois même des tendances diagnostiques réductrices où la complexité du psychisme humain, les modalités d’investissement du langage ou encore la motricité peuvent être encore totalement ou partiellement occultées.

Alors qu’à l’origine les premiers tests avaient été introduits pour repérer les enfants en difficulté, aujourd’hui un glissement s’opère insidieusement vers une utilisation au service d’une intelligence dite « supérieure » tendant à réduire certains enfants aux qualificatifs de « surdoués » ou de « précoces ». Encore faudrait-il déjà s’entendre sur une définition consensuelle de telles caractéristiques, ce qui est loin d’être le cas !

Du fantasme …

Inquiets d’un avenir souvent décrit comme incertain, nombreux sont les parents qui tentent de se rassurer en misant sur de supposées capacités intellectuelles exceptionnelles chez leurs enfants afin de contrecarrer d’éventuelles difficultés à venir. Derrière l’idée rarement avouée mais pourtant très opérante que « les meilleurs » s’en sortiront sans doute le mieux, nous assistons à une course contre la montre, une sollicitation excessive censée stimuler d’éventuelles capacités en sommeil. Cette escalade sans fin, dont l’origine peut flirter avec une certaine conception de l’eugénisme, est dangereuse puisqu’elle fait fi de certaines réalités, à commencer par le développement psychoaffectif même de l’enfant. On peut souvent entendre ce désir parental comme une quête de réassurance où l’enfant, tel un prolongement narcissique, aurait valeur gratifiante. Pourtant, cette place assignée, loin des bénéfices qu’elle est supposée apporter à l’enfant, comporte des conséquences sur ses apprentissages mais aussi sur son devenir.

Or l’école ne semble pas freiner les parents dans leur quête d’un enfant parfait, aux potentialités exceptionnelles. La transformation depuis quelques années de la grande section de maternelle en cours préparatoire déguisé n’en est-elle pas un exemple ? On ne peut que regretter l’époque où, moins centrée sur la course aux apprentissages, cette classe favorisait davantage le temps consacré au dessin, à la peinture et au modelage par exemple, activités indispensables, puisqu’elles sollicitent entre autre la motricité fine, pré requis ô combien nécessaire à l’acquisition future de l’écriture.

Ainsi nous voyons parfois arriver à nos consultations des parents mi-inquiets mi-orgueilleux nous déclarant dès les premiers échanges : « je crois que mon enfant est précoce ». Il s’agit pourtant le plus souvent d’enfants d’intelligence normale. Or le retour à la réalité ne se fait pas sans déception pour les premiers, et entraîne parfois chez l’enfant un réel désarroi d’avoir pu « décevoir » ses parents, blessure narcissique d’une réelle intensité dont les effets sur sa scolarité et sa vie en général ne sont pas anodins.

… À la réalité

Être supérieurement intelligent n’est d’ailleurs pas une fin en soi. Il existe en effet bien souvent un net décalage entre les capacités intellectuelles et le développement affectif. Or ce décalage accentue l’écart qui sépare déjà cet enfant de ses camarades de classe. La prise de conscience de cette « différence » se fait rarement sans souffrances. Celle-ci demande alors des ajustements nécessaires qui ne sont pas exempts de difficultés.

Il ne s’agit pas ici de critiquer les mesures de l’intelligence ni de remettre en question l’intérêt qu’il peut y avoir à évaluer une précocité ou les potentialités d’un enfant surdoué. Nous nous interrogeons davantage sur la systématisation de ces démarches et la valorisation de ces qualités intellectuelles qui parfois s’accompagnent d’un déni des difficultés rencontrées par ces enfants et leur famille. Pour le psychologue, la sémiologie appliquée à ces particularités intellectuelles est complexe. Ce sont d’ailleurs des appellations qui peuvent figer quelque chose du développement et de la singularité de chaque individu. Le repérage même des enfants précoces ou surdoués est délicat et la réussite scolaire ne peut être un critère diagnostique fiable. Il n’est pas rare en effet que ces enfants mettent en échec leur scolarité, par le biais d’une attitude désordonnée en classe, qui vient tromper l’ennui, ou d’un souhait (souvent inconscient) de se conformer à une certaine « normalité » en masquant des compétences hors normes, etc.

Identifier la précocité où les potentialités d’un enfant surdoué ne fait pas tout. Il faut pouvoir parer aux difficultés qu’elle induit. Or les structures scolaires capables d’accueillir ces enfants sont rares et généralement privées, leur coût souvent élevé.

Nous reconnaissons qu’il est difficile de s’extraire des exigences sociales et qu’être parents aujourd’hui - peut être plus qu’hier - s’accompagne souvent d’un besoin de faire correspondre cette image idéalisée, socialement valorisée, et la réalité de son propre enfant. Pourtant ces exigences sociales donnent un format d’existence aliénant où « être plus que », « meilleur que » représente en dernier ressort une expérience possiblement désubjectivante.

Avoir un enfant précoce ou surdoué n’est donc pas nécessairement une aubaine, loin s’en faut… Pour les autres, c’est-à-dire finalement le plus grand nombre, que leurs parents se rassurent en méditant cette petite phrase que Françoise Giroud se plaisait à répéter : « l’intelligence ne sert à rien ! ».

(écrit en collaboration avec Valérie Discour, Psychologue Clinicienne)
http://pierresultan.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/10/18/enfants-precoces-ou-surdoues.html
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