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 Les souffrances des Marocains sont autrement plus profondes qu'on ne le dit

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Ghania

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Date d'inscription : 14/05/2007

MessageSujet: Les souffrances des Marocains sont autrement plus profondes qu'on ne le dit   Ven 26 Juin - 19:36

Le journal français Le Figaro publie un reportage de son envoyée spéciale à Ceuta qui s'étale sur les conditions médiévales qui sont celles des Marocaines utilisées par les Espagnols à très bon compte dans un commerce florissant avec les commerçants marocains exerçant de l'autre côté de la frontière de l'enclave de Ceuta - en arabe, on dit Cebta. Quand on a pris conscience de cette misère qui fait le quotidien des Marocains, l'on cesse de se demander pourquoi leur pays attire-t-il tant d'âmes curieuses de connaître leur pays de plus près.
Voici le texte, repris intégralement.
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Ceuta, plaque tournante des «femmes-mulets»
De notre envoyée spéciale à Ceuta, Diane Cambon
Le Figaro du 26/06/2009

REPORTAGE - Des milliers de femmes transportent chaque jour sur leur dos des fardeaux pesant jusqu'à 70 kilos pour alimenter le commerce entre l'enclave espagnole de Ceuta et le Maroc.

Le dos plié sous le poids de la marchandise, Fatima peine à monter la côte vers la porte de Biutz, point de passage semi-officiel entre l'enclave espagnole de Ceuta et le Maroc. Patiente, sous une chaleur suffocante, cette mère de trois enfants avance pas à pas dans une file d'attente de deux kilomètres de long, où des milliers de femmes, mais aussi des aveugles et des personnes âgées, partagent le même sort. Ce sont les portadoras (porteuses), dénommées aussi mujeres mulas (femmes mulets). Telles des bêtes de somme chargées de fardeau pesant jusqu'à 70 kilos, elles sont employées par les commerçants de Ceuta pour acheminer de l'autre côté de la frontière de la marchandise qui sera ensuite vendue dans les souks du Nord marocain.

Chaque matin, c'est le même rituel. Quelque 10 000 Marocaines traversent la frontière espagnole pour s'engouffrer dans les méandres du gigantesque polygone commercial de Ceuta. À 8 heures, les 260 entrepôts de la zone sont déjà tous envahis par la horde de porteuses en djellaba de couleur et à la tête voilée. Devant chaque échoppe, les colis ont été préparés au préalable par les commerçants. À l'aide d'une corde, les hommes fixent les proéminents paquets sur l'échine courbée des femmes. Pas une minute n'est à perdre : pour chaque voyage effectué entre Ceuta et le Maroc, elles empochent cinq euros. Les plus résistantes des porteuses parviennent à en effectuer quatre par matinée.

Commerce d'un autre âge

Mais la cadence des voyages ne dépend pas seulement de leur endurance. Elle fluctue selon le bon vouloir des douaniers marocains, qui, au gré des bakchichs, filtrent les sorties à la porte de Biutz, un poste de frontière à la légalité douteuse. Il s'agit d'une porte uniquement ouverte vers l'Afrique, construite à quelques encablures du poste de douane officiel, et que seuls les porteurs chargés de marchandises peuvent emprunter. Côté Ceuta, la police nationale espagnole se contente de veiller à ce que le tourniquet des hommes et celui des femmes ne se bloquent pas. Aucun contrôle n'est effectué sur la nature des paquets. Sous les couvertures, qui recouvrent ces colis géants, on trouve toutes sortes de produits : tee-shirts, chaussures, couches pour enfants, shampooing ou produits ménagers. Parfois se glissent aussi des bouteilles d'alcool ou des produits électroniques (hi-fi, portables…).

L'existence de ce commerce d'un autre âge entre l'Europe et l'Afrique est possible grâce au statut juridique particulier de Ceuta. Sa condition de zone franche, tout comme celle de Melilla (l'autre enclave espagnole au Maroc), lui a permis de développer avec le royaume marocain un échange de produits dénué de taxes. En quelques années, cette ville de 75 000 habitants est devenue ainsi le temple de la pacotille. Une autre particularité explique aussi l'expansion de ce trafic : l'absence de douane commerciale avec le royaume chérifien. «Pour des raisons politiques, le Maroc ne reconnaît pas Ceuta comme ville espagnole indépendante et refuse donc d'officialiser un échange commercial, ce qui explique l'essor de ce commerce non déclaré», explique le conseiller économique du gouvernement local, José Ramon Olmedo.

Mortes étouffées

Les autorités espagnoles refusent de parler de contrebande, puisque la marchandise est vendue par des commerçants légaux et rapporte à Ceuta quelque 6 millions d'euros annuels. Une manne financière non négligeable pour ce territoire de 18 kilomètres dépourvu d'industrie. Toutefois, l'image inhumaine de ce commerce fait désormais tâche. Fin mai, deux femmes marocaines sont mortes étouffées dans une bousculade. Les porteuses ont été retrouvées ensevelies sous des paquets de marchandises. Pour les autorités espagnoles, il est désormais urgent de rendre les conditions de travail plus adaptées aux normes européennes.

En attendant des négociations avec le Maroc sur l'ouverture d'une douane commerciale, Madrid a renforcé le contingent de policiers afin d'éviter de nouveaux accidents. «On essaie d'instaurer des règles dans un système commercial chaotique et inhumain», reconnaît un policier. Les nouvelles règles sont basiques : obligation de marcher dans un corridor délimité par un cordon de sécurité, interdiction d'avoir des paquets trop proéminents, de courir, et avoir toujours une main libre pour se retenir en cas de chute. Fatima, elle, se réjouit de ces nouvelles mesures de sécurité. «On fait moins de voyages, mais c'est autant de gagné dans la lutte pour la vie», lance-t-elle avant de franchir la frontière.
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