L'arrangement amiable négocié à Londres entre les représentants des victimes, de la pollution résultant du dépôt autour d'Abidjan de 500 tonnes de déchets toxiques, et l'entreprise Trafigura reconnue coupable d'avoir déversé ses derniers, est enfin en voie d'être conclu.
Pas moins de 30 000 plaignants ont poursuivi cette société, spécialisée dans le négoce des matières premières et des produits pétroliers, et exigé d'elle des indemnités de réparation des dommages causés par sa décharge remontant à août 2006. Ils ne sont pas moindres, pourtant : 15 décès et 69 hospitalisations, sans compter, bien sûr, les malades qui s'ignorent encore à l'heure actuelle.
Contre les 125 millions d'euros demandés au départ, les deux parties s'accordent finalement pour un montant de 35 millions seulement, que les 30 000 bénéficiaires se répartiront équitablement à raison de 1160 € chacun. Et dans cette distribution à tout le moins inique, les familles des victimes décédées obtiennent donc la même indemnité. Autrement dit, la vie de leur parent sacrifié n'aura valu que 1160 €.
La chose eût paru sans doute acceptable si les 15 familles touchées par un décès et les 69 autres signalées par une hospitalisation se répartissaient elles-mêmes une telle indemnité. Mais c'est loin d'être le cas, apparemment.
Pourtant, la société accusée dans cette triste affaire, impliquant directement deux Français se trouvant alors en poste à Abidjan et négociateurs du dépôt en cause, n'est pas si pauvre qu'on pourrait le supposer. Elle a réalisé 52 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et 320 millions d'euros de bénéfices pour l'exercice 2008. Et au prix payé pour un acte d'une si grande gravité, il est à craindre qu'elle récidive et qu'elle donne le signal à d'autres compagnies cherchant à se débarrasser à meilleur compte de produits aussi toxiques, dans cette grande poubelle africaine à ciel ouvert.